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Biographie

Je suis né le 28 décembre 1951. Ma petite enfance fut joyeuse et remplie de belles choses. Venant d'une famille modeste j'avais néanmoins tout ce qui fallait. Mes parents travaillaient très fort pour assurer la subsistance et le bien-être de toute la famille. J'ai trois frères plus âgés, Claude, André et Jacques. Le cadet de la famille était Luc. Malheureusement l'aîné et le cadet sont décédés tous les deux, le premier d'une maladie très courte (embolie cérébrale) et Luc s'est tué à moto.

Dès la maternelle, j'éprouvais des problèmes de vision, ceci étant dû à une maladie héréditaire dans la famille; la rétinite pigmentaire. Cette dernière allait me faire perdre la vision petit à petit. Malgré cette déficience, j'ai dû me confronter avec la vie telle qu'elle se présentait. Parfois la méchanceté des petits camarades, parfois, l'incompréhension des adultes me blessaient. A l'âge de 10 ans, je savais déjà qu'il fallait que j'aille à l'école le plus longtemps possible afin d'aller me chercher un travail pour gagner ma vie honorablement et en toute dignité comme tout  être humain qui a le goût de la vie. Bref je voulais m'assumer, être autonome comme ma bien-aimée mère m'encourageait chaque jour qui passait.

L'adolescence fut une étape assez difficile. Évidemment c'est difficile même sans handicap. En présence d'une déficience visuelle, le niveau de difficulté augmente auprès des filles. Mon corps était bien attiré mais je n'avais pas de yeux pour m'y conduire (!). Il fallait user de stratégies manipulatrices pour arriver à certaines fins.

Dès l'âge de la puberté, nous avons remarqué une diminution notable de ma vision. Dès l'âge de 18 ans, l'Institut National Canadien pour les Aveugles (INCA), me confirmait ma cécité légale. Difficilement, je continuais mes études secondaires; j'ai du momentanément y mettre un terme pour aller au centre de réadaptation à l'Institut Nazarette et Louis Braille à Longueuil. Dans cet établissement, j'ai appris des trucs pour devenir plus autonome dans ma vie quotidienne, en orientation, mobilité et communication. 

En 1974, à l'âge de 22 ans, je me suis marié à Lise Bernard, fille resplendissante que j'ai rencontrée dans un centre de loisir à mon travail à Montréal. Après la fin du projet dans lequel nous travaillions, nous avons déménagé à Granby, ma ville natale.

Par la suite, j'ai poursuivis mes études en terminant mon secondaire pour enfin entrer au programme de baccalauréat en psychosociologie de la communication à l'Université du Québec à Montréal (UQAM).

L'université, toute une aventure...

Comme je me sentais petit aux portes de cette grande Université. Dans ma tête, j'avais toujours conçu que l'Université était pour l'élite de la classe sociale. Je sentais que je n'appartenais pas à celle-ci, moi fils d'un père ouvrier, je me sentais diminuer d'aller rejoindre des collègues avec qui je partageais des études avancées. Néanmoins, il fallait que je parvienne à me convaincre que j'étais capable d'y arriver et d'aller chercher une qualification afin de gagner ma vie. Je me suis donc inscrit au programme de premier cycle spécialisé en relations humaines : communément appelé aujourd'hui, psychosociologie de la communication. Évidemment, l'effort à fournir était bien plus grand que celui d'un étudiant sans déficience visuelle. Au cours de ces trois années, j'ai dû mettre les bouchées doubles. L'aide extérieure m'était indispensable pour la lecture des nombreux livres spécialisés dans ma sphère de spécialisation. Cette aide donc j'avais tant besoin m'a été apportée par Lise, mon épouse, ainsi que de nombreux amis.

Dans les années 70, le matériel adapté pour les non-voyants était rare, je n'avais qu'un magnétophone afin d'enregistrer mes notes de cours ou certains passages des exposés des professeurs. Toutes ces notes prises m'étaient nécessaires pour compléter mes travaux de session et poursuivre les études à la maison.

Orgueilleux comme j'étais, il était rare que mes professeurs étaient au courant de mon problème visuel grandissant. Deux explications peuvent justifier mon comportement, d'abord la rétinite pigmentaire dont j'étais atteint ne laissait aucune trace apparente dans ma démarche ou dans mes attitudes sauf évidemment quand je lisais de près ou encore dans des endroits plus obscurs. La deuxième raison c'est que je ne voulais pas avoir de privilèges spéciaux pour ma réussite, je voulais faire comme tous les autres étudiants ou étudiantes de l'Université. Cela rendait la tâche plus difficile encore. L'orgueil est un affecte que j'ai apprivoisé un peu plus tard au cours de ma carrière et de mon évolution de vie.

Diplôme en main, je sors de l'Université, je pars à la recherche d'un travail ! A cette époque (1979), le chômage était rare, les possibilités d'emploi étaient là. Avec mes connaissances, je pouvais espérer un bon travail. Mais la réalité me rattrapa très vite, après avoir envoyés des centaines de curriculum vitae, j'avais toujours des refus d'embauche parce que les gens ou les employeurs ne pouvaient comprendre comment j'allais faire pour mener à bien mon travail à cause de ma cécité. Il y avait là une discrimination certaine et je ne pouvais concevoir à rester inactif devant les efforts que j'avais déployés pour obtenir mon titre universitaire.

Le secteur que j'appréciais le plus dans ma formation était la relation d'aide, j'aimais beaucoup aider les gens qui avaient besoin d'écoute et ma formation me permettait d'exercer un tel type de travail. Aux nombreux refus essuyés dans mes offres d'emploi, j'ai ouvert mon propre cabinet de consultation et de formation en relations humaines. Progressivement, j'ai libéré une pièce de mon logement pour y faire mon bureau. Me faisant connaître auprès du corps médical et de certaines agences professionnelles, je me suis retrouvé avec une certaine clientèle qui au court des mois m'ont procuré une légitimation de mes connaissances et par le fait même, je pouvais gagner ma vie et offrir un service de qualité à des gens qui incontestablement étaient satisfaits de mon aide apportée.

Après trois ans d'une intense pratique, la pire des nouvelles m'est annoncée : le diagnostique tomba, je suis atteint d'un cancer dans une région dorsale. Tout un rêve s'écroule en une seconde, je voyais les images défiler devant moi, les combats, les réalisations de ma courte vie. Après trois chirurgies, on m'annonce que la tumeur est maligne et qu'elle a fait des dommages à la masse musculaire et à l'os de mon omoplate. On me dit que ma vie pourrait être courte, un chiffre est avancé, 6 mois.

Je hurlais, j'ai pleuré toutes les larmes de mon corps, suppliant mon cher médecin de me donner une dernière chance, d'essayer des traitements afin de prolonger cette vie que je commençais à peine à goûter... J'ai subi des traitements de radiothérapie intensifs puis cela ne suffisant pas, un programme de chimiothérapie très agressif afin de combattre le monstre qui me rongeait à l'intérieur. J'ai dû fermer mon bureau de consultant car le thérapeute était devenu le client avec son mal à l'âme et son mal de vie. Je n'étais pas un gars à rester à rien faire et à compter les minutes de la journée et je ne pouvais non plus supporter la peine de ma femme...

La seule ouverture que je voyais possible pour moi c'était de retourner à l'Université. C'est un endroit qui m'était familier, je connaissais encore les professeurs et certains étudiants. Afin de passer le temps et aimant les études, j'ai décidé de m'inscrire à un cours de sociologie politique. Un cours assez ardu dans lequel je devais investir beaucoup d'heures, ainsi je ne pouvais penser à ma maladie mais bien à mes études. J'avais parlé au préalable à mon professeur de ma maladie et en disant qu'il pouvait m'arriver de perde connaissance. Néanmoins je voulais suivre toute la durée du cours, j'avais apporté mon fidèle magnétophone qui lui ne tombait jamais sans connaissances. En ce qui me concernait, une simple petite tape sur l'épaule suffisait à me réveiller.

Le miracle se produisit, le cancer été vaincu !!! Revers de la médaille, ma vision avait totalement disparu et pour la première fois, j'allais me chercher un chien-guide à la Fondation Mira.

La vie s'ouvre à nouveau devant moi et je saisis cette deuxième chance et je mors dedans à pleines dents. Pour la première fois de ma vie tout en poursuivant mon programme de 2e cycle en sociologie on reconnaît en moi mes qualifications. Pour la première fois de va vie, on m'offre un vrai travail à l'Université : chargé de cours en enseignant un programme d'intégration aux personnes handicapées. J'enseignais deux branches, sociologie et communication des personnes handicapées. Travail dans lequel, je me sentais complètement intégré et que j'affectionnais de façon particulière, bien accueilli par les étudiants. Je pouvais donner tout mon savoir sur la problématique de la personne handicapée. Malheureusement, ce fut une courte période de deux ans parce que le programme s'est éteint.

Comme par hasard, la Fondation Mira m'offre une place de travail dans cette petite organisation à l'époque comme directeur des relations publiques et de financement. Ce fut encore pour moi un milieu dans lequel j'ai pu évoluer et d'apprendre de nouvelles choses.

Mon premier chien-guide s'appelait Catherine, petite chienne qui m'a facilité mes déplacements et qui m'a ouvert le chemin sur de nouvelles relations interpersonnelles. Le chien-guide facilite l'intégration des personnes handicapées, il ouvre le chemin à de nouvelles communications. Le chien-guide est un outil très sécuritaire pour une personne non-voyante, on apprend à lui faire confiance, à le respecter dans ses décisions. On l'affectionne et lui aussi nous le rend bien que ce soit par sa douceur ou son travail de nous guider dans les endroits les plus difficiles d'une grande ville. Catherine m'a donné de l'assurance dans ma mobilité, dans mon autonomie, j'ai pu aller dans le métro de Montréal avec elle en toute confiance, on a fait ensemble le tour du Québec.

Catherine a passé 10 ans de sa vie avec moi. En fin de vie, elle a développé un cancer aux pattes, ne voulant pas qu'elle souffre, vu les bons services qu'elle m'avait rendus, j'ai demandé à mon vétérinaire de l'endormir.

Me voilà handicapé, plus de chien, j'ai repris du service avec ma belle vieille canne blanche mais quelle maladresse après plusieurs années de me resservir de cet outil. La Fondation Mira me remettait un 2e chien-guide qui répondait au nom de Zeus, un beau Labrador noir, âgé de 18 mois. Qui dit nouveau chien dit aussi nouveau tempérament, nouvelle habilité à manipuler, à développer pour enfin devenir tous les deux complices.

Vous voilà en 2003, toujours avec mon beau Zeus de 12 ans maintenant, sillonnant encore et toujours les routes de ville en ville de la Belle Province.

Jean Royer, 22 mars 2003